30.03.2009

Ce sont des mains qui s'attardent.

Il y a une chose que je n'avais jamais appris comme ça. Avec les autres, lorsque la discorde éclatait, faire l'amour n'était qu'une nécessité. Un besoin d'une part d'être remplie, de l'autre de se vider. On est en colère chacun de notre côté mais en bons animaux que nous sommes l'envie est plus forte et peu importe les griefs. Peu importe si après ne reste qu'un goût amer à la pensée de nos ébats.arbres_chute.jpg

Puis il m'a expliqué ; avec des mots tout simple que même s'il m'en voulait, même s'il était en colère après moi, ça ne voulait pas dire qu'il ne m'aimait plus. Que c'était toujours une marque d'amour entre nous et que d'une certaine manière c'était se dire que oui, on s'aimait quand même.

Et j'ai trouvé ça si plein de bon sens et si censé que je me suis demandée pourquoi durant toutes ces années je n'y avais jamais pensé.

27.03.2009

J'ai perdu ma force et ma vie.

J'ai eu mon rendez-vous au planning familial aujourd'hui. Avec la psychologue. Apparemment l'entretien est obligatoire. Comme j'ai propension à râler sur absolument tout, je marmonnais que bientôt, pour prendre un rendez-vous chez le coiffeur, il faudrait également voir un psychologue. Il faut dire aussi que je n'ai pas tellement une bonne image d'eux, cela va sans dire. Psychologues, psychiatres. Je me sens directement agressée par leurs questions. J'ai toujours l'impression qu'ils sont mielleux avec moi pour me faire avaler leurs théories fumeuses et je pars donc toujours directement dans un rapport d'attaque.

Je n'étais pas en forme du tout non plus ce matin. Comme dans tous les hôpitaux, ils mettent plusieurs patients avec un rendez-vous à la même heure pour être sur d'avoir quelqu'un si un se désiste. J'ai cru que j'allais vomir dans la salle d'attente. Finalement quand je regarde bien l'attente n'a peut-être pas été si longue que ça, un peu plus d'une demi-heure, j'ai connu pire. En tout cas, la femme qui a pris mon rendez-vous hier au téléphone était également à l'accueil et je l'ai trouvé très gentille. Une jolie voix, un petit visage mutin sous son carré blond.

Alors je peux le prendre du bon côté. Je suis partisante du fait de faire des expériences, qu'elles soient bonnes ou mauvaises d'ailleurs. Je pourrais donc dire que j'ai vécu cette expérience. Cependant, je me demande vraiment pourquoi on nous fait venir à des entretiens pour nous dire "la décision vous appartient et il faut que vous vous l'appropriez". Ok ma grande sauf que j'avorte vraiment par raison car si j'écoutais mon coeur, je n'en serais certainement pas là. Donc m'appropriez la décision, je le fais peut-être un peu trop car je m'en veux énormément. La seule chose que je dois faire en réalité, c'est essayer de ne pas en vouloir aux autres de cette décision mais à qui pourrais-je en vouloir concrètement ? Mon copain peut-être mais si je lui en veux, ce n'est pas de mon avortement donc ça s'arrête là. C'est moi que la culpabilité rongera, ça ne sera qu'une tare de plus à ajouter aux nombreuses autres.

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Pour être un peu plus futile parce que j'en ai assez de porter ça toute seule et même si ça me fais atrocement mal aux entrailles de renier mon enfant, je dois avouer que je me trouve particulièrement moche en ce moment. J'ai fais du noir par dessus mon blond et je regrette un peu en fait. C'est pas que foncièrement je trouve ça laid, ça va mais non décidément je me plaisais beaucoup mieux en blond complet. Je vais donc voir pour redécolorer tout ça parce que je hais me sentir comme ça.

Me sentir laide, savoir que j'ai beau mettre mes plus beaux vêtements, je me trouverai toujours moche. Ca joue sur le nombre de crises que je fais. Je voulais m'acheter quelques fringues avec l'argent que j'ai réussi à amasser car je voulais recommencer à mettre des slims (plutôt que de piquer celui de ma petite soeur) et en fait je me dis que je suis grosse et qu'il vaut mieux attendre que "ça" (c'est pas moi qui le dis, ça m'a d'ailleurs mis une claque dans la gueule car c'était assez spontané) ne soit plus là pour que je puisse maigrir tranquillement. J'ai également besoin d'un manteau noir assez simple pour mettre par dessus mes robes mais je ne supporte présentement pas me voir dans une glace.

J'ai donc décidé de m'offrir Resident Evil 5, au moins avec ça, je pourrais rester cloitrée chez moi de nombreuses heures sans penser ni à mon bébé, ni à ma supposée laideur, ni au monde alentour. A la place, je me prendrais pour un beau mec bourré de testostérone (et n'ayant surtout pas d'utérus pour que quelque chose d'impromptu vienne s'y greffer) et dézinguant du zombi à tout va.

Rendez-vous mardi chez le gynécologue. Ecographie. Je ne veux pas voir à quoi ressemble mon (parce que oui j'ai compris que c'était ma responsabilité) petit haricot.

25.03.2009

Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.

Je prends rendez-vous demain pour un avortement. Tout à l'heure chez le médecin, j'ai eu toutes les peines du monde à refouler mes larmes mais je l'ai pourtant fait. C'est vrai, il avait l'air heureux pour moi ce docteur. Il pensait que je le gardais et me donnait déjà des conseils pour éviter la toxoplasmose car je n'ai apparemment pas été vaccinée. Des conseils aussi sur mon alimentation. Ce qu'il fallait que je mange, beaucoup de légumes, de la viande quand même, etc.

Les mots ont eu du mal à sortir de ma gorge "et si je veux avorter ?". Ca m'a surprise de voir son visage changer. Peut-être parce que cela fait longtemps qu'il me connaît. Peut-être parce que j'ai été à l'école avec sa fille, peut-être parce qu'il m'a vue dans pas mal de stades de ma maladie. Mes 37 kilos, ma boulimie par la suite, la dépression. Il m'a demandé ce qu'en pensait le père et je lui ai donné franchement mon point de vue sur le sujet. Il m'a dit "pourtant la semaine dernière quand tu es venue, je pensais que ...".

Je pensais aussi. J'étais heureuse. Maquillée, coiffée.

Aujourd'hui j'étais cadavérique. Je suis épuisée. Je me traîne comme une loque. La nausée ne me quitte plus et je me force à manger des aliments normaux. Des pâtes, des oeufs, tout ce qui peut me donner un peu de force car sans ça, je reste allongée toute la journée à penser à cette vie que je vais étouffer comme une flamme. Et je me dégoûte de manger pour rien. Si je mangeais pour lui, ce serait différent. Puisqu'il va disparaître, à quoi bon manger ? A quoi bon continuer de me nourrir ? A quoi bon emmagasiner ce gras dans mon corps si ce n'est pas pour sa survie à lui ? A rien. Je ne me forcerai plus quand il ne sera plus là.

Il m'a dit qu'il faudrait faire une écographie afin de mesurer sa taille et voir depuis combien de temps il est là. Ma gorge s'est serrée à cette idée. Parce qu'on a beau dire qu'on ne veut pas le voir, nos yeux se tournent toujours instinctivement vers ce que l'on ne veut pas voir. Comme lorsque je prend ma douche et que cette horrible glace me renvoie mon reflet. De toutes mes forces j'empêche mon regard de se poser sur ce corps déformé et pourtant, chaque fois, il finit par s'y attarder. A détailler cette horreur dans les moindres détails. Entendre cette voix résonner dans ma tête "que tu es laide".

Et je lui en veux à Lui. Enormément. Je lui en veux de ne pas me parler. Je lui en veux de ne jamais parler non plus de ce que je porte. Je lui en veux de ne jamais en avoir parlé à d'autres personnes que des gens du net et un camarade de classe, comme si c'était honteux. Comme si cet enfant était une maladie qu'il fallait cacher. Je lui en veux de ne jamais m'avoir parlé d'un quelconque avenir alors qu'il disait vouloir le garder lui aussi. Je lui en veux de ne pas me prendre dans ses bras et de me dire que tout va bien se passer, quoiqu'il arrive. Je lui en veux de devoir être forte pour deux. Je lui en veux de ne pas manger. Je lui en veux de réussir mieux que moi là où j'échoue. Je lui en veux de ne pas réussir à manger alors que moi je suis un porc. C'est moi l'anorexique. C'est mon rôle à moi. C'est moi qui ne mange pas. C'est à moi que l'on dit que c'est bien de manger.

Que me reste t-il ? Il ne me reste qu'une haine implacable. Toujours la même, toujours latente car quand je relis mes posts je me rends compte qu'il en est souvent question. Je n'ai plus rien de particulier. Mais qu'avais-je avant d'être malade ? Je ne me souviens plus. Je me souviens juste de toutes ces choses lorsque j'étais enfant. Toutes ces choses qui ne sont pas normales et que l'on supporte stoïquement pourtant. Jamais je n'ai pleuré sur mon sort étant enfant. Jamais je n'ai pleuré en me disant que la vie était injuste, jamais je n'ai pleuré en me disant que mon beau-père n'avait pas le droit de nous battre et de nous faire toutes ces horreurs. Jamais je n'ai pleuré en me disant que j'étais laide. Je l'étais, c'est tout. Je n'ai jamais pleuré non plus lorsque je trouvais étrange que notre mère laisse quelqu'un nous faire du mal alors que ce n'est pas le rôle d'une maman.

La vie était comme ça, c'est tout. Point. Il n'y avait pas à chercher plus loin.

Et si je devais arrêter de chercher plus loin et me résigner ? Est-ce que cela changerait quelque chose ?