08.04.2009

Lorsqu'il n'y avait plus rien à dire, j'ai voulu partir.

Encore une journée. Un jour de plus comme ça. Par jour, j'ai dix secondes de répit. Ce sont les quelques secondes lorsque j'ouvre les yeux. Le temps que mon esprit se mette en place et invariablement les larmes me montent. C'est comme ça que commence les journées. Pluvieuses comme le ciel ici. La semaine passée était pleine d'une douce quiétude. Je pleurais beaucoup la nuit mais la journée je me disais que le cauchemar était loin. Que je ne ferais pas ça.

C'est une litanie que je répète en boucle. Dans ma tête, dans un murmure le soir avant de m'endormir et chaque fois que je me retrouve seule. Je l'écris, je le hurle, je le pleure. Mon bébé est mort. On a tué mon bébé. J'ai l'impression de devenir folle. Je m'arrête parfois, hébétée et je regarde dans le vide. Je me dis que je veux de nouveau passer de l'autre côté. Comme cette fois où je suis tombée dans un voile blanc. Un monde de nuage et de lenteur. Moi aussi je veux partir. Encore que moi, j'aurai le droit à une sépulture décente. On ne me jettera pas à la poubelle alors que pourtant, je n'en demande pas tant.

Je veux m'ouvrir les veines à nouveau. Me dire que le moment est venu et que je ne regretterai rien parce que je trouverai la paix en partant d'ici. Parce que je n'ai de toutes façons plus rien à faire même si je suis lâche de ne pas pouvoir vivre avec la mort de ce que je considérais comme mon enfant sur la conscience.
Je n'irai pas voir de médecin pour des antidépresseurs. Je n'irai pas voir de psychologue pour déverser tout ça. Je n'irai plus non plus en cours, peut-être pour mes parents car comment pourrais-je leur annoncer que de toutes façons, cela ne servira plus à rien ? Ce genre de choses ne se dit pas. Ce genre de choses se fait. Tout simplement. Quand, je ne sais pas. J'y pense chaque jour, chaque minute. Je me dis que la douleur va s'estomper, cela ne fait que trois jours mais je n'y crois pas. J'ai mis quelques jours à l'aimer, l'aimer très très fort. Me dire que j'allais lui faire une belle vie. J'avais choisi des prénoms, je me voyais déjà avec mon enfant dans les bras. Partir d'ici pour qu'il ne grandisse pas dans les cris. Tout un tas de choses que je trouvais idiotes avant.

Tout est parti en fumée. Tout ce qui rend heureux finit toujours par s'éteindre.

Comme si ce n'était pas assez, c'est aussi mon furet qui va mal. C'est idiot mais c'est tout ce qu'il me reste. Les seules choses contre lesquelles je ne sois pas en colère. J'espère que nous pourrons l'opérer. Ca paraît si futile, ce n'est qu'un animal mais lui aussi je devrais l'abandonner parce que je n'ai pas les moyens de le faire opérer ? Comme j'ai du tuer mon bébé parce que soit-disant je n'avais pas les moyens de l'élever ? n544331469_1458555_2450.jpg

C'est si bête la vie... Ce n'est pas beau. Juste bête...

07.04.2009

Un jour d'avril, j'ai perdu la Lumière.

"Pensez à quelque chose de sympa parce que quand on se réveille, on reste sur la dernière impression avec laquelle on s'est endormi".

Et quand j'ai fermé les yeux à ce moment-là, quand l'infirmière m'a dit que j'allais normalement avoir la tête qui tourne, ma seule pensée, c'est vers toi qu'elle est allée "on va tuer mon bébé".
Lorsque de nouveau mes yeux se sont ouverts, immédiatement des larmes se sont mises à couler. Seules, comme moi je l'étais dorénavant. J'ai mis ma main sur mon ventre pour me dire que c'était inutile, tu n'étais plus là de toutes façons. Et la douleur m'a rappelé que c'était désormais irrémédiable.

Et cette nuit, je suis seule. Des spasmes me secouent et je crois que je n'ai jamais vécue un tel désespoir. Les sanglots s'écoulent malgré moi. Je n'ai pas les mots je crois pour exprimer la souffrance que je ressens. Je voudrais que le sol s'ouvre sous mes pieds et m'engloutisse. Ce soir j'ai vraiment envie de mourir. Je n'ai de toutes façons plus de raisons de vivre.

Je râle comme un animal blessé. J'ai envie de me frapper la tête contre les murs pour que la douleur physique laisse place à la douleur mentale. On me brûle le coeur avec un fer rouge.

On a tué, j'ai tué mon bébé. On l'a réduit en bouillie et on l'a aspiré. On a osé me dire lorsque j'étais sur la table "ne t'en fais pas, ça ira mieux dans une heure". Personne n'a pensé une seule seconde que l'on me tuerait en m'enlevant ça. On a osé me dire que je gâcherai ma vie si je le gardais mais est-ce qu'une seule seconde putain de seconde on s'est demandés si ça ne gâcherai pas ma vie de le tuer ?

Et moi j'ai tout écouté. Je me suis laissée penser que c'était la seule solution puisque personne n'en voulait. Ou peut-être qu'au fond j'espérais que ça me tuerai. Que cette dernière épreuve me terrasserait. Je ne pourrais pas vivre avec le poids de ce remord. C'est plus fort encore que lors de ma tentative de suicide. Plus fort que ma peur de grossir.

Cette nuit, je veux vraiment mourir.

03.04.2009

Et bientôt nous nous dirons adieu.

Lundi je ferai la plus grosse bêtise de ma vie, du moins c'est l'impression que j'ai quand j'y pense. Je crois être résignée. Je crois que je dois tout simplement payer pour ça. Souffrir me paraît parfaitement légitime.

Je m'en veux même de subir un avortement par pompe. La solution médicamenteuse est certes horrible mais je me dis qu'au moins je souffrirai mon lot. Je me dis que prendre le cachet qui va tuer mon bébé, le garder mort une journée dans mon ventre et les contractions pour l'expulser ne serait que justice et bien peu de choses comparé à la vie que je vais prendre.

Cinquante-et-un euro soixantes quatorze centimes. Voilà combien vaut la vie de mon enfant. Le prix d'un meurtre. Je suis amère. J'ai toujours dit que je ferai un enfant seule mais ça je voulais le décider. Ce n'était pas le cas alors la donne était changée. Si nous le voulions tous les deux, je l'aurai gardé, si ce n'était pas le cas alors ce n'était pas possible. Comment pourrais-je imposer ça à quelqu'un qui n'en veut pas ? Comment pourrais-je infliger une telle responsabilité à quelqu'un de tellement pas prêt à ça ?

Peut-être ne suis-je pas prête non plus mais j'étais persuadée que j'étais capable d'affronter ça. On me pense faible, je ne sais pas si je le suis vraiment, je n'ai tout simplement pas de raisons de me battre. C'est tout bête, il ne faut pas chercher plus loin.

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