25.03.2009

Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.

Je prends rendez-vous demain pour un avortement. Tout à l'heure chez le médecin, j'ai eu toutes les peines du monde à refouler mes larmes mais je l'ai pourtant fait. C'est vrai, il avait l'air heureux pour moi ce docteur. Il pensait que je le gardais et me donnait déjà des conseils pour éviter la toxoplasmose car je n'ai apparemment pas été vaccinée. Des conseils aussi sur mon alimentation. Ce qu'il fallait que je mange, beaucoup de légumes, de la viande quand même, etc.

Les mots ont eu du mal à sortir de ma gorge "et si je veux avorter ?". Ca m'a surprise de voir son visage changer. Peut-être parce que cela fait longtemps qu'il me connaît. Peut-être parce que j'ai été à l'école avec sa fille, peut-être parce qu'il m'a vue dans pas mal de stades de ma maladie. Mes 37 kilos, ma boulimie par la suite, la dépression. Il m'a demandé ce qu'en pensait le père et je lui ai donné franchement mon point de vue sur le sujet. Il m'a dit "pourtant la semaine dernière quand tu es venue, je pensais que ...".

Je pensais aussi. J'étais heureuse. Maquillée, coiffée.

Aujourd'hui j'étais cadavérique. Je suis épuisée. Je me traîne comme une loque. La nausée ne me quitte plus et je me force à manger des aliments normaux. Des pâtes, des oeufs, tout ce qui peut me donner un peu de force car sans ça, je reste allongée toute la journée à penser à cette vie que je vais étouffer comme une flamme. Et je me dégoûte de manger pour rien. Si je mangeais pour lui, ce serait différent. Puisqu'il va disparaître, à quoi bon manger ? A quoi bon continuer de me nourrir ? A quoi bon emmagasiner ce gras dans mon corps si ce n'est pas pour sa survie à lui ? A rien. Je ne me forcerai plus quand il ne sera plus là.

Il m'a dit qu'il faudrait faire une écographie afin de mesurer sa taille et voir depuis combien de temps il est là. Ma gorge s'est serrée à cette idée. Parce qu'on a beau dire qu'on ne veut pas le voir, nos yeux se tournent toujours instinctivement vers ce que l'on ne veut pas voir. Comme lorsque je prend ma douche et que cette horrible glace me renvoie mon reflet. De toutes mes forces j'empêche mon regard de se poser sur ce corps déformé et pourtant, chaque fois, il finit par s'y attarder. A détailler cette horreur dans les moindres détails. Entendre cette voix résonner dans ma tête "que tu es laide".

Et je lui en veux à Lui. Enormément. Je lui en veux de ne pas me parler. Je lui en veux de ne jamais parler non plus de ce que je porte. Je lui en veux de ne jamais en avoir parlé à d'autres personnes que des gens du net et un camarade de classe, comme si c'était honteux. Comme si cet enfant était une maladie qu'il fallait cacher. Je lui en veux de ne jamais m'avoir parlé d'un quelconque avenir alors qu'il disait vouloir le garder lui aussi. Je lui en veux de ne pas me prendre dans ses bras et de me dire que tout va bien se passer, quoiqu'il arrive. Je lui en veux de devoir être forte pour deux. Je lui en veux de ne pas manger. Je lui en veux de réussir mieux que moi là où j'échoue. Je lui en veux de ne pas réussir à manger alors que moi je suis un porc. C'est moi l'anorexique. C'est mon rôle à moi. C'est moi qui ne mange pas. C'est à moi que l'on dit que c'est bien de manger.

Que me reste t-il ? Il ne me reste qu'une haine implacable. Toujours la même, toujours latente car quand je relis mes posts je me rends compte qu'il en est souvent question. Je n'ai plus rien de particulier. Mais qu'avais-je avant d'être malade ? Je ne me souviens plus. Je me souviens juste de toutes ces choses lorsque j'étais enfant. Toutes ces choses qui ne sont pas normales et que l'on supporte stoïquement pourtant. Jamais je n'ai pleuré sur mon sort étant enfant. Jamais je n'ai pleuré en me disant que la vie était injuste, jamais je n'ai pleuré en me disant que mon beau-père n'avait pas le droit de nous battre et de nous faire toutes ces horreurs. Jamais je n'ai pleuré en me disant que j'étais laide. Je l'étais, c'est tout. Je n'ai jamais pleuré non plus lorsque je trouvais étrange que notre mère laisse quelqu'un nous faire du mal alors que ce n'est pas le rôle d'une maman.

La vie était comme ça, c'est tout. Point. Il n'y avait pas à chercher plus loin.

Et si je devais arrêter de chercher plus loin et me résigner ? Est-ce que cela changerait quelque chose ?

Commentaires

Je te lis, mais ne sait pas quoi dire.
Enfin, si...je te souhaite plein de courage pour cet avortement. Et plus encore pour après.

Et n'oublie pas...tu as le droit de t'aimer, ne serait-ce qu'un tout petit peu.

Ecrit par : Elodie | 25.03.2009

Courage... Bisous!

Ecrit par : Aerith | 26.03.2009

Merci pour ton gentil commentaire, et pour le lien.

On a l'air d'avoir quelques points communs (TCA..) toi et moi. Je te souhaite beaucoup de courage, tout ça doit être difficile à vivre pour toi.
Oh et, je te trouve très jolie.

Je t'embrasse.

Ecrit par : Maria | 27.03.2009

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